variation 8 cigale

Quand la neige fut venue

Ayons pitié des malheureux.

Quand la neige fut venue,

La Cigale à demi nue,

Ayant faim plus qu'à demi ,

Cédant au vent qui l'emporte

Vers le seuil de la Fourmi,

Osa frapper à sa porte.

Et, frissonnante d’effroi,

Elle cria: « Donnez-moi

Pour cet hiver qui commence

Place à votre cher foyer,

Et vous aurez ma romance

Et mon amour pour loyer.

Ouvrez-moi, je vous en prie :

C'est la campagne fleurie,

C'est l'été clément et doux

En sa splendeur sans égale,

Que vous recevrez chez vous

Avec la pauvre Cigale ! »

La Cigale ainsi chantait,

Et la Fourmi l'écoutait,

Mais, hélas ! comprenait-elle ?

Et le froid sur les vitraux

Posait sa fine dentelle ,

Et tressait de blancs émaux.

La dure et folle ouvrière

Répond à cette prière :

« Mon bois brûle : va t'en donc,

Que ma porte se referme ! »

La Cigale dit : « Pardon » ;

La nuit tombait ! Nuit sans terme !

Quand le jour vient l'éveiller

La Fourmi va balayer

La neige devant sa porte,

Et, dans la neige, elle voit

La pauvre cigale morte,

Morte de faim et de froid.

La Fourmi comprend son crime.

Elle traîne sa victime

Près du feu, près du bon feu;

Elle la soigne éperdue

Mais en vain ! Il faut un dieu

Pour qu'une âme soit rendue.

Les Cigales, - mes amis, -

Ont, depuis, chez les Fourmis,

Quand le vent d'hiver agite

Leur volet bien maçonné,

Bon feu, bon souper, bon gîte,

Et la morte a pardonné.

Emile Hinzelin (1858 - 1937)

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